Automne 1930 à Harzé, un fait divers.

Le Corsaire Rouge.

"Vous avez mis ma tête à prix. Merci. Puisqu'il en est ainsi, dans les expéditions, ouvrez le feu sur l'appareil qui a les roues peintes en rouge et une croix sur les flancs. C'est le mien. Inutile de tirer sur ceux qui m'accompagnent"

Voilà la réplique du lieutenant colonel HAPPE, dénommé "le Corsaire Rouge" par les allemands qui avaient mis sa tête à prix pour la somme de 25.000 marks. Il était reconnu comme étant un as du bombardement et son surnom lui avait été attribué en raison de sa forte tête ainsi que pour l'immense barbe rousse qu'il porta durant des années. Il avait fait partie, durant la guerre 1914-1918 de la renommée escadrille française "La Fayette"

Lundi 20 octobre 1930.

11 H 30.
On eut dit le crépuscule arrivé avant l'heure.
Un ciel lourd et un vent impétueux inquiètent les paysans occupés dans les champs alentour de Harzé et d'Awan.
Un avion évolue de manière anormale dans le ciel.
Peut-être cherche-t-il sa "route" ou bien tente-t-il un atterrissage de fortune.
Nul ne le saura jamais !

Soudain dans le ciel, le bruit d'un craquement épouvantable se fait entendre.
A y regarder de plus près, il s'agit de l'une des ailes du Breguet.
Elle vient de rompre et virevolte si violemment qu'elle part chuter sur Niaster.
Déstabilisé, l'appareil pique du nez.
Soudain, à nouveau un bruit terrifiant.
L'autre aile craque à son tour et part se planter sur le sol dans le Fond de Harzé.
L'on devine aisément la suite tragique.

Le Gibet de Harzé, ne voilà-t-il pas là le nom d'un lieu-dit de mauvaise augure ?

Si !

Dans un fracas épouvantable, l'avion s'enfonce dans le sol.
Sale affaire ! Triste affaire !
Tout est broyé, tordu, déchiré ou encore arraché.
Corps et carlingue.

Les restes de l'avion, le BREGUET 19B2 1717.

Les paysans d'alentour accoururent rapidement sur les lieux, craignant le pire. Mais il n'y avait rien à espérer. L'une des premières personnes présentes sur les lieux du drame était le garde-chasse PIROTTON. Il fut rejoint par l'avocat ARNAUD et l'adjudant aviateur DELIGNE, de passage dans la région.

L'ampleur de la catastrophe laissait présager la sinistre suite. Le mayeur LAMBOTTE aidé du secrétaire communal BOURGUET durent établir un service d'ordre ainsi qu'un périmètre de sécurité afin d'éloigner les badauds. Le fuselage de l'avion s'était littéralement planté dans le sol du terrain appartenant à madame de POTTER d'INDOYE.

Le garde champêtre COURTOY et le commandant de la gendarmerie d'Aywaille, M.LETH, arrivèrent également à l'endroit du drame. Tous comprirent qu'il n'y avait plus rien à faire. A ce moment, nul n'était en mesure d'identifier les corps entortillés dans l'amas de tôles tordues. Nul n'osait regarder de près ce triste spectacle. Tout au plus savait-on qu'il s'y trouvait deux corps inertes, morts, déchiquetés ! Il fallu des volontaires bien courageux pour extraire les malheureux de leur cercueil volant.

"Unguibus et Rostro" pouvait-on lire sur le fuselage de l'appareil. (Par le Bec et par les Ongles) Une fois les corps désincarcérés, l'on fouilla les restes de l'appareil parmi lesquels se trouvait une casquette sur laquelle étaient cousus des galons de colonel ainsi que le numéro 12. Elle appartenait au Corsaire Rouge, en l'occurrence le colonel HAPPE, commandant du 12è régiment d'aviation en garnison à Reims. L'autre cadavre, le mécanicien HUET, laissait entrevoir le fait qu'il avait probablement tenté d'ouvrir le sac contenant son parachute. Il n'eut guère le temps de le rendre opérationnel !

Dans le portefeuille de ce dernier, l'on découvrit un document écrit et signé par le père du mécanicien autorisant son fils à s'engager pour trois années dans les services de l'aviation. Il était daté de 1929. S'il eût su ce que le sort allait réserver à son fils . . .

Les corps des deux malheureux furent conduits à la morgue communale d'Aywaille où ils passèrent la nuit pour ensuite être amenés  au consulat de France à Liège ou fut érigée pour quelques heures, une chapelle ardente. Ils quittèrent ensuite le sol belge pour être rendus à leur terre natale.

Venant de Reims pour se rendre à Metz, l'avion avait curieusement survolé le territoire de la commune d'Aywaille, pourtant pas située sur le trajet prévu. Personne ne saura en expliquer la raison.

Une stèle commémorative.

L'on avait érigé un petit monument en souvenir de ce tragique accident mais il tourna très vite à l'abandon. Envahi par les ronces, abandonné, il fut redécouvert par un touriste visitant l'endroit. Celui-ci suggéra aux autorités communales d'Aywaille de le remette dans un état décent. L'association des groupements patriotiques d'Aywaille insista également pour appuyer cette demande. C'est ainsi qu'il fut décidé de planifier une cérémonie de réhabilitation du monument. Celle-ci fut organisée à l'occasion du parrainage du 13è Wing Missiles par la commune d'Aywaille. Outre l'association des groupements patriotiques d'Aywaille, on observait également la présence des autorités communales, conduites par leur mayeur Fernand LATINNE. Le colonel POISSONNIEZ, chef du 13è Wing Missiles ainsi que des anciens combattants français originaires de Floing assistaient également à cette cérémonie.

Cette seconde inauguration eut lieu en date du 6 octobre 1969.


La stèle commémorative.

Stèle et plaque commémoratives telles qu'on peut les voir actuellement. Photos © J.S. 2004)

© Jacques Schoumakers (2005)
(Sources : Journaux La Meuse et L'Express 1930)

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