Jadis à Aywaille, une ancienne verrerie était établie au pied des ruines du château d’Amblève.

Un peu d’histoire…

Un mémoire de l'Académie des sciences à Paris nous apprend, en 1724, que la manière de tirer et garder le vin en bouteilles est un procédé relativement récent.

Bien avant cette date on sait que des bouteilles spéciales en verre étaient utilisées pour expédier l'eau de Spa chez les différents marchands de l'époque. Dans divers courriers échangés par M. van de CASTEELE, archiviste à Liège sur la verrerie, on relève le fait qu'en 1655 Henri et Léonard BONHOMME possédaient, dans la région liégeoise, des usines de fabrication de bouteilles en verre.

A titre anecdotique, notons que les derniers nommés vendaient leurs bouteilles pour contenir l'eau de Spa au prix de 25 florins le cent pour les marchands tandis que les particuliers pouvaient acquérir ces bouteilles au prix de 5 1/2 patars par unité.

Les BONHOMME apparaissent pour la première fois alentour de 1627 dans divers contrats établis par eux-mêmes et relatifs à la verrerie liégeoise . Ces faits nous amènent à constater que les bouteilles à vin et à eau ont fait leur apparition quelque cent ans avant ce que nous révèle l’Académie des sciences.

En 1643, un dénommé François SAVONETTE avait obtenu le monopole pour les Pays-Bas, de la fabrication des « bouteilles pour eauwes de Spa «.

N’étant pas en mesure de faire entrer ce produit dans le Pays de Liège comme il le souhaitait, F.SAVONETTE accepta de céder à ses concurrents liégeois son industrie particulière. Ces derniers restèrent ainsi les maîtres de la fabrication de ce genre de conteneurs en verre.

Les bouteilles "à tirer le vin" devinrent une mode. Leurs particularités étaient d'avoir une panse aplatie en forme de disque, quelque peu piriforme, d'où sortait un goulot assez long. De plus, pour la plupart, elles étaient entièrement recouvertes d'un fin cannage d'osier.

L'expansion des fabriques ne se fit guère attendre. Au début du XVIIe siècle, des usines à verre virent le jour dans de nombreuses grandes villes : Bruxelles, Charleroi, Lodelinsart, Gand, etc.

La fabrique d’Amblève.

A l'époque, le village d’Amblève était composé de quelques habitations blotties au pied des ruines du château des quatre fils Aymon. La localité ne faisait pas partie de l’entité d’Aywaille. Qu’à cela ne tienne, Amblève appartient aujourd’hui à notre commune.

En 1727, une association composée de trois partenaires, à savoir Gédéon de SANDROUIN, de COUNE (de Liège) et de leur ami de GRANDCHAMPS érigèrent une imposante verrerie destinée à la fabrication de bouteilles à vin et autres. Elles étaient destinées dans un premier temps, aux seules eaux du Pouhon de Bru, situé sur le territoire de la commune de Chevron.

Cette verrerie portait également l’appellation d’usine d’Aywaille. Sise près du bord de la rivière Amblève, elle jouxtait quasi le village d’Aywaille. Une partie de l’usine était située sur le territoire du Pays de Limbourg ; cette partie renfermait le fourneau dans lequel on fabriquait la soude.

L’autre partie de la fabrique, celle où étaient faites les salines pour le verre à vitres et là où était le dépôt en magasin, se trouvait établie sur la province de Luxembourg, à raison de la juridiction d’Aywaille.

A elle seule, l’usine à verre fonctionnait avec un personnel composé de 123 ouvriers, chacun d’entre eux ayant sa propre spécialité : souffleur de verre, platisseur (ou aplatisseur), manœuvres et domestiques ou encore couvreur de bouteilles. Il y avait là également une partie de la main d’œuvre dont la spécialité était la fabrication de verres à vitres.

La verrerie d’Amblève prit très rapidement de l’extension, elle diversifia alors ses produits finis. 75 pour cent de la fabrication étaient affectés au façonnage de bouteilles destinées à contenir de l’eau de Spa.

Environ 300 filles et femmes, arrivées du Luxembourg et du Limbourg étaient employées pour la fabrication des couvertures d’osier destinées au garnissage des bouteilles. Cette particularité était propre à l’usine d’Amblève contrairement aux autres grandes verreries qui vendaient leurs bouteilles sans garniture ni protection.

La fabrique d'Amblève était considérée comme étant la plus importante parmi ses nombreuses autres concurrentes. Bon an mal an, la verrerie produisait de quatre-vingts à cent mille bouteilles. Le transport de ces bouteilles à partir du lieu de leur fabrication avait été confié à des charretiers provenant du Ban de Chevron. Empaquetées par 150 unités dans des paniers, elles étaient acheminées vers Comblain-au-Pont et des bateliers les transportaient sur l'Ourthe vers Liège où elles étaient par la suite exportées aux Pays-Bas et même en Grande-Bretagne.


Ancienne bouteille à eau de Spa
© Musée de Spa

Les Archives de Bruxelles (conseil des finances, n.2105, .370) nous apprennent que la verrerie d’Amblève « employait plus de personnel que les neuf verreries de Charleroy »

Les BONHOMME dont nous parlions ci-avant étaient les concurrents directs de Monsieur de GRANDCHAMPS. Ils s’accordaient pour reconnaître que la verrerie d’Amblève était « le coupe-gorge » de leurs propres fabriques. Elle avait anéanti les principales branches de leurs commerces, allant jusqu’à supposer que c’était là le principal mobile justifiant l’érection de l’usine d’Amblève.

« Elle a causé et cause la décadence de nos verreries citoyennes » ou encore « cette manufacture étrangère vient enlever les productions naturelles de notre pays, au préjudice des nôtres » dixit les BONHOMME.

Nous conclurons en affirmant que les diverses verreries, manufactures et autres fabriques se livraient un rude combat financier. Cette guerre des tarifs, si elle faisait du bien à un industriel, les représailles qu'elles provoquaient nuisaient sans attendre à un autre.

La verrerie d’Amblève, dont le principal débit constituait la fabrique de bouteilles envoyées à Spa, ne résista pas à toutes ces querelles.

Afin de ne pas interrompre brutalement ses relations avec son principal client de Spa, de GRANDCHAMPS dût s’astreindre à payer les exigences fiscales des industriels liégeois. Il dut s’acquitter d’une redevance de 4000 écus. C’en était par trop, il fallait prendre rapidement une décision.

M.de GRANDCHAMPS ayant des associés liégeois (de la famille de l’échevin de COUNE) eu le bonheur ( ?) de trouver un emplacement favorable sur le territoire de la commune de Chênée sur lequel il pouvait apporter les cendres qu’il avait amassées à Comblain.

Les conséquences ne se firent pas attendre : les luxembourgeois furent privés des verres fabriqués à l’usine d’Amblève mais également des précieuses cendres qui auraient pu être utilisées dans la fabrique.

Du coup, notre verrerie régionale fut contrainte au « chômage partiel » et le travail devint rare.

Des archives provinciales permettent d’affirmer que la verrerie d’Amblève existait encore en l’An V de la République Française (1796-1797) avec cependant une petite contradiction : L’actuel château Ancion à Amblève fut bâti en 1776 à l’emplacement de cette ancienne fabrique de bouteilles à vins et à eaux.

Ainsi s’achève l’histoire , non exhaustive, de l’usine d’Amblève, sans davantage de précisions.


Vue du château Ancion à Amblève

Sources : Les Cahiers Ardennais, N° 8, août 1938 (mis gracieusement à ma disposition par M. Etienne Compère)

Texte : © Juillet 2011 Jacques Schoumakers.