Le notaire Aldringen

Notice historique sur Evrard Joseph Aldringen,
dernier notaire royal d'Aywaille


1ère partie - Petite histoire du notariat

L’histoire du notariat nous apprend que l’institution répond à un besoin social. En outre, le notariat a prouvé, au fil des siècles, sa vitalité et ses facultés d’adaptation à des structures en mutation. Cette institution est, en effet, la résultante d’une évolution séculaire en Europe.

Un premier modèle de notariat technique a vu le jour aux Xe et XIe siècles dans les villes italiennes. L’Église lui a donné un rayonnement important en s’attachant l’institution, en l’affinant et en la répandant dans toute la chrétienté. Issu d’Italie, le notariat a acquis droit de cité dans tout l’Occident continental.

Un deuxième modèle est apparu dans le courant des XVe et XVIe siècles. C’est la politique qui a dès lors accaparé le notariat technique. Désireux d’augmenter leur autorité, les seigneurs locaux ont créé leurs propres notaires. Les souverains ont récupéré le notariat et en ont fait un instrument servant leurs visées centralisatrices. A cet effet, ils ont d’abord élargi le cadre législatif dans divers pays, à partir du XVe siècle.

L’expansion a culminé au temps de la Révolution française. Le législateur révolutionnaire, suivi en cela par Napoléon, a mis en place un notariat uniforme, qui a été propagé sur le continent européen manu militari. Cette évolution a marqué la fin de l’hétérogénéité qui caractérisait nos régions sous l’Ancien Régime. Le dualisme des échevins et des notaires avait vécu, les diverses espèces de notaires se sont fondues en une seule catégorie.

 
 

La loi organique du 25 Ventôse an XI (16 mars 1803) date du règne de Napoléon. Comme dans de nombreux autres domaines, celui-ci a exercé une profonde influence sur l’organisation du notariat. La refonte de l’institution, loin d’être un fait isolé, s’inscrivait parfaitement dans une réforme globale de la Justice.

Cette loi ne faisait pas vraiment table rase du passé. Elle a confirmé et précisé la majeure partie des dispositions existantes en la matière. Les notaires demeuraient des fonctionnaires publics nommés à vie. Les actes notariés étaient des actes authentiques, exécutoires dans toute la République. Plusieurs dispositions de la loi insistaient sur l’obligation de résidence et la conservation des actes.

 

Depuis 1803, la base légale du notariat n’a évolué que très lentement. En 1927, le législateur a introduit un stage professionnel d’une durée minimale de trois ans, un écrit de 1951 traite de "l’usage de méthodes d’écriture mécanique" et c’est seulement à partir de 1958 que le législateur permet aux femmes d’accéder à la profession.

Une nouvelle loi sur le notariat est entrée en vigueur le 1er janvier 2000. Elle a conféré au notariat les moyens et les structures qui permettront à la profession de continuer à se moderniser. Elle constitue le couronnement de la lutte incessante du notariat pour une plus grande transparence et efficacité. L’objectif était d’aboutir à un notariat qui intervient dans les nouveaux développements sociaux tout en continuant à exercer son rôle d’acteur de la justice préventive.

Cette réforme confirme une nouvelle fois les valeurs fondamentales du notariat.

2ème partie - Le notaire Aldringen

C'est en 1768 que nous découvrons pour la première fois Evrard Joseph Aldringen signant un acte comme notaire admis au conseil provincial de Sa Majesté à Luxembourg. Il instrumente alors à Durbuy, la ville qui l'a vu naître 26 ans plus tôt. A dater du 9 février 1769, il réside à Aywaille. Son étude doit être assez importante car elle occupe deux employés : Jean-Philippe Deblier et Lemoine. Les centaines d'actes conservés aux Archives de l'Etat sont là pour témoigner de son activité débordante. En octobre 1773, c'est lui qui est choisi pour dresser l'inventaire des biens délaissés par les moines à Aywaille, en exécution de la bulle portant suppression de l'ordre des Jésuites.

Le vendredi 9 janvier 1784, Evrard Joseph Aldringen se marie à Sougné, dans la chapelle du Couvent des Récollets, avec Anne Catherine Hubin, originaire de Sur-la-Heid, petit hameau faisant partie de la paroisse de Sougné. Elle y a vu le jour le 7 juin 1757. C'est la fille de Noël Hubin et de Marie Detry.

 

Acte de mariage Aldringen - Hubin
(Registre paroissial de Sougné)

 

 

A cette époque le notaire déménage à Sougné, plus exactement "en Ladry", derrière l'église et le couvent des Récollets. Sa maison, complètement transformée, existe toujours dans la rue Houbière (Nous verrons plus loin ce qu'il en est advenu)


Emplacement de la maison du notaire Aldringen, à Sougné

 


En partant du village d'Aywaille, il quitte le duché de Luxembourg pour celui de Limbourg, où est situé Sougné, dépendance de Sprimont. Cette situation l'oblige à revenir sur la terre de la seigneurie d'Aywaille chaque fois qu'il doit instrumenter puisqu'il est accrédité pour le Luxembourg. Pour se faire il doit passer sur l'autre rive de l'Amblève, ce qui explique que désormais, en bas de ses actes, il mentionne : "passé sur l'eau d'Amblève province de Luxembourg vis-à-vis de Sougné" pour justifier de son bon droit. Néanmoins, il continue d'assumer sa charge de notaire jusqu'en 1795, date à laquelle sont abolis les privilèges royaux.

Parallèlement à ses fonctions notariales, E.J. Aldringen tient à Sougné un magasin d'alimentation, de quincaillerie, d'aunages, de vins, de cuirs, etc… Sa boutique semble bien fournie. Entre autres marchandises, il fait revenir ses cartons de drap de chez Dominique Honin à Herny et revend les souliers que lui procure Léonard Reul à Herve. Il approvisionne aussi bien Remouchamps et ses alentours, comme Aywaille, Florzé et Harzé mais aussi Becco, La Reid, Hodchamps Lillé ou Damré.

Il possède quelques vaches et veille au bon entretien des terrains dont sa femme hérite sur la Heid des Gattes.

Après la tourmente révolutionnaire, le culte catholique est rétabli et des bureaux de marguilliers sont créés pour gérer les biens des fabriques d'église. En date du 7 pluviose de l'an XII, le préfet du département de l'Ourthe nomme les trois marguilliers de Sougné : E.J. Aldringen – Fr.J. Bonhomme et J.J. Carpentier. Ils sont installés le 26 pluviose suivant par le maire d'Aywaille. Notre ci-devant notaire devient caissier de ladite fabrique.

Evrard Joseph Aldringen meurt à Sougné le jeudi 20 juin 1811 à 3 heures du matin. Il est enterré le lendemain au cimetière de Sougné. Son acte de décès, dressé par le curé Pierard, mentionne ses qualités : "quondam tabularius" (autrefois greffier) – "negotiator" (négociant, marchand) – "necnon arca nummularia Fabricae Ecclesiae Succursalis de Sougné" (et aussi trésorier de la Fabrique d'église de Sougné). Sa veuve lui survivra 28 ans, le couple n'a pas d'enfant.

 


La villa de campagne du ministre Francotte.
Le notaire Aldringen occupait la partie droite du bâtiment.
(Carte postale © collection L.Pirnay - Dubois)

 

Marie Catherine Septroux, leur nièce dévouée, hérite en 1839 de la maison du notaire Aldringen. Soixante ans plus tard, le 22 mai 1899, l'avocat Gustave Francotte, futur ministre de l'Industrie et du Travail de 1902 à 1907, achète l'immeuble ainsi que la maison jouxtante. Il fait reconstruire les façades et aménager les bâtiments pour en faire sa résidence d'été. Après sa mort en 1925, ses descendants continuent à occuper l'immeuble qui, à leur disparition, est divisé en plusieurs logements locatifs tels que nous les connaissons actuellement.

Proposé par Etienne Compère (25 mars 2004)

Sources consultées

 

Liens Aywaille