Le ruisseau du Chalet : une source intarissable pour les

anciennes industries d'Aywaille situées sur son parcours

Nous pouvons sans crainte de nous tromper, prétendre que peu de personnes connaissent les nombreuses
activités industrielles qui ont jalonné le ruisseau du Chalet et ainsi engendré une vie locale très mouvementée.

Depuis la nuit des temps, on devinait l’existence de grottes au quartier du Chalet à Aywaille. Le simple fait de voir un ruisseau surgir d’un rocher est suffisant pour supposer l’existence d’une grotte, voire d’un lac souterrain.

 

On peut difficilement situer la source de ce ruisseau et de nombreuses hypothèses ont été avancées à son sujet sans pour autant avoir été démontrées. Cette résurgence d’eaux infiltrées dans le massif calcaire de la grotte du Chalet est composée de différents rus et ruisseaux venant de Xhoris et de Piromboeuf, voire encore d’Awan. Ces eaux se déversent dans le ruisseau accourant de Harzé, au débit très variable et parfois quasi inexistant en été.

 

 Cette résurgence est aussi nommée «Fontaine d'Aywaille» Très tôt il fut admis qu’on pouvait tirer profit de la force hydraulique dégagée par son débit important et suffisant à faire fonctionner plus d’une roue à aubes. En somme, c'est ce ruisseau qui amplifie le débit de celui dans lequel il se déverse.

 

Le premier bénéficiaire de cette force hydraulique fut, semble-t-il, le propriétaire de l’ancien moulin banal d’Aywaille, mieux connu quelques siècles plus tard sous l’appellation « moulin Dutilleux » Il est cependant difficile, par manque d’archives, de situer dans le temps la date exacte de l’origine de ce moulin.

 

Rappelons les terribles incendies de 1284, de 1691 et encore de 1794. Ils ont fait des ravages considérables à Aywaille, notamment en détruisant de précieuses archives dont certaines d’entre elles furent dérobées lors des nombreux transits d’armées dans nos régions mais peut-être aussi, pourquoi pas, par des « notables » aqualiens sans scrupules. Les archives en ont vu d'autres.

 

D’anciens documents  rapportent qu’en août 1482 Jean de Harzé, alors prieur d’Aywaille, avait donné en « horlaisse » le moulin banal d’Aywaille à Jean le Rosseau qui, très tôt le transmit dans les mêmes conditions  à Collas Rigauld. Cela nous permet de constater un fait : l’énergie du ruisseau à très tôt été mise à profit.

 

Par la suite, les archives révèlent la présence de diverses activités établies le long du ruisseau. De petites usines, moulins et fourneaux ont tous fonctionné grâce à la force hydraulique de ce petit cours d’eau. N’ayant personnellement pas consulté ces archives, pour autant qu’il puisse en rester, je ne puis me référer qu’à d’anciens écrits laissés par des historiens locaux de l’époque.

Une fois de plus, on y découvre des confusions et des faits relatés de façon indistincte, pas toujours classés de manière chronologique, ce qui ne facilite pas les choses.

 

Il faut s’en satisfaire. Cela étant, nous pouvons affirmer que l’eau du Chalet a été maintes fois mise à profit pour faire fonctionner ces petites industries et, sous réserve de leur réelle exactitude, nous citerons quelques dates :

 

  • En 1483, le prieur d'Aywaille cité précédemment donne en arrentement perpétuel un coup d'eau à Rigal le Corbesier afin qu'il puisse ériger un moulin à écorces.

  • En 1551 le prieur de l'époque, Gilles de Bloquerie, arrente aussi un coup d'eau au citoyen Mathy Thonon mais il est difficile d'affirmer à quoi il le destina. On sait cependant qu'en 1627 son industrie fut convertie aussi en moulin à écorces.

  • Entre 1614 et 1627, on relève la présence d'une taillanderie (semme)

  • En 1636, les frères Barthélemy et Jean le Goherlier mettent en activité un fourneau à fondre le fer.

  • En 1638, l'ancien coup d'eau arrenté à Mathy Thonon est devenu un fourneau à fer qui devint par la suite le moulin Humblet, très connu dans la région. Il n'est plus en fonctionnement depuis quelques années. Ce fourneau était toujours en activité en 1650. Il avait pour appellation « Fourneau du Chaufour » faisant référence au four-à-chaux situé sur la route menant au hameau de Kin.

  • Plus près de nous, en 1771, Charles-Edmond Soliveau alors  maïeur de Harzé, tire profit de ce même coup d'eau afin de construire un « maka » comportant deux marteaux.

  • Quelque peu plus en amont, en 1773, le même maïeur fait ériger un fourneau à fondre le fer ainsi qu'une platinerie. Bien des années plus tard, l'endroit dit «Pré au Fourneau» sera occupé par les scieries Rixhon aussi très connues à Aywaille à une certaine époque.

Remontons davantage le temps :

 

Au lieu dit «Stordeux» un peu en amont de l'endroit précité, un ancien seigneur et prieur bénédictin d'Aywaille, Thierry de Linden, possédait en 1580 un stordeux fonctionnant aussi grâce à la force dégagée par l'eau du ruisseau. Il fut en fonction durant un nombre d'années indéterminé. Le 30 mars 1638, il n'existait plus.

 

Un «commis» d'Aywaille, Evrard du Sart,  concéda alors l'emplacement aux frères le Goherlier déjà cités plus haut. Ceux-ci érigèrent une «renarderie» Elle fonctionna durant cinq années. Les frères le Goherlier ayant estimé le coup d'eau insuffisant pour le fonctionnement de leurs activités, ils firent une demande visant à exploiter une papeterie.

Les habitants environnants s'opposèrent farouchement à l'érection de cette usine à papier prétextant qu'elle allait souiller la pureté des eaux dudit ruisseau. Notons au passage que l'eau du ruisseau, au sortir de la grotte, était réputée pour ses qualités la rendant propre à la consommation. Elle servait d'eau à usage domestique d'ou l'autre appellation du ruisseau : la Fontaine d'Aywaille.

 

Rien n'y fit, la papeterie fut mise en fonction mais les Goherlier durent cependant se soumettre à quelques impératifs. Ils furent contraints de détourner leurs eaux souillées afin de les amener au moyen de canalisations souterraines vers la rivière ou encore vers un lavoir à minerais existant en aval de leur exploitation.

Durant la nuit du 1er au 2 août 1646, les habitants ne décolérant pas, on suppose qu'ils ont été à la source de l'incendie criminel qui cette fameuse nuit, détruisit complètement l'usine à papier.

 

D'après les archives ayant survécu aux différents vandalismes du passé, on peut affirmer avec certitude qu'aucune autre usine n'existât en amont de l'endroit ou avait été érigé le stordeux cité plus haut. Cela, mis à part beaucoup plus tard et plus près de nous, le moulin de l'A.C.B.I aujourd'hui inexistant.

 

Je ne terminerai pas cet exposé sans rappeler une chose : le débit du ruisseau est relativement puissant et constant. Il se faisait menaçant lorsqu'il y avait de fortes pluies dans la région. Le ruisseau du Chalet  quitta sont lit en 1615 mais également en 1913 et en 1914. Il causa des dégâts très importants dans les endroits qu'il parcourait.

 

Parallèlement à l'histoire ancienne de ce ruisseau, nous pourrions aussi développer un sujet tout aussi particulier : la Grotte du Chalet. Affaire à suivre.

 

Quelques termes anciens:

  • Banal : terme utilisé au temps des seigneurs afin de désigner un moulin, un four à pain, un pressoir lui appartenant. Le seigneur disait: la rivière, les moulins, le territoire, ceux qui l’habitent, etc., sont à moi. J’ai seul le droit de faire des règlements, en conséquence, je défends à mes censitaires de moudre leurs grains en dehors de ma seigneurie ...

  • Donner en horlaisse : il s'agit d'une accense perpétuelle. Accenser : Donner à cens un fonds de terre, une maison, c'est-à-dire sous la redevance d'une rente (Ces termes ne sont plus utilisés)

  • Taillanderie ou semme : fabrication d' outils et fers tranchants ou encore de certains outils agricoles ou de terrassement.

  • Platinerie :  une forge spécialisée dans le traitement des tôles et fers plats pour l'armurerie ou des ustensiles tels que des pelles, des bêches, ...

  • Stordeux : moulin servant à la fabrication d'huile.

  • Maka : utilisé dans une forge, il s'agit d'un lourd marteau (100, 200 kg ...) actionné par l'énergie hydraulique.

  • Renarderie : fourneau utilisé pour fondre le fer.

  • Commis : a l'époque, receveur seigneurial.

  • le Goherlier : grande famille d'industriels, dont les maîtres des forges d'Aywaille.

Inondations du 27 juillet 1913

 

 Liens Aywaille     D'autres photos

© 2009 Jacques Schoumakers.