La chapelle Sainte-Anne des Pouhons à Harzé.

 "Pouhon", voilà bien un mot très répandu dans nos régions. Moins connu dans les villes, il provient du wallon "pouhî" signifiant puiser. En somme, le pouhon est une source d'eau minérale pouvant être ferrugineuse ou saline ou bien encore alcaline ou sulfureuse. Cette source, selon son importance donne parfois naissance à un ru, voire même à un ruisseau. C'est le cas dans le Bois du Pouhon à Harzé, là où est établie la chapelle Sainte-Anne dont la construction remonte au XVIème siècle. Quelques gros hêtres, certes âgés mais robustes, ornent cet endroit si calme et propice à la méditation.

Il faut savoir qu'au XVème siècle déjà, l'industrie du fer était une activité très répandue à différents endroits du territoire de la commune d'Aywaille. De nombreuses forges et fourneaux virent le jour dans plusieurs villages et plus précisément là où coulait l'eau nécessaire à leur fonctionnement. Les soufflets servant à activer les feux de ces fourneaux étaient actionnés au moyen d'une roue hydraulique d'où l'obligation pour l'industrie de s'établir là ou pouvait lui être attribuée un «coup d'eau» Si à notre époque il existe encore quelques vestiges de ces petites usines, il est en tout cas bien difficile de deviner ce qu'ils représentent comme il  est tout aussi ardu de les localiser.

Toutes ces activités avaient engendré des accroissements de populations alentours de leurs dépendances et à Harzé comme à Nonceveux ou encore à Quarreux, ces populations étaient demanderesses d'un lieu  de culte afin de satisfaire à leurs obligations chrétiennes. Le maître des forges de l'époque, Collienne de NEUFFORGE, dit «des Pouhons», avait établi ses ateliers le long de ce ruisseau. Cette industrie demeura prospère jusqu'à la moitié du XIXème siècle. Cet écuyer, seigneur de Warge et de Crossée, était un industriel possédant plusieurs établissements. Il avait acquis un certain rang social de par la réussite et le succès dont étaient couronnées ses entreprises. C'est donc lui qui prit l'initiative de faire construire la chapelle tant réclamée. Dédiée à Sainte-Anne et à Saint Remacle, elle allait porter le nom de «chapelle Sainte-Anne des Pouhons»

Le 4 septembre 1524, le Prince-Evêque Érard de la Mark en approuva la fondation. La chapelle fut construite à côté de la demeure du très riche industriel. Aucune trace ne subsiste de cette habitation puisqu'elle fut démolie en 1862.

Pieux et prévenant, Collienne de NEUFFORGE attribua une habitation au recteur de la chapelle pourvu qu'il s'engageât à dire, voire à faire dire, quatre messes basses par semaine ainsi qu'une messe devant être célébrée chaque dimanche de l'année. Chaque autre recteur qui s'ensuivrait devrait impérativement et à perpétuité être un membre de la famille «de NEUFFORGE»

 
Dalle funéraire de ... de la Neufforge et de Mad. Catherine Marssin           Dalle funéraire d'Ogier Bailleau et de Catherine de la Neuforge 

 

En 1782, la chapelle était dans un état lamentable, laissée à l'abandon même. L'état menaçant de ce que l'on pouvait nommer «ruines» plaida en faveur de l'abandon de la célébration des offices. L'Archidiacre du Condroz prit la sage résolution de les y interdire. Les populations locales durent alors se tourner vers l'église de Harzé ou bien encore à la maison vicariale des Pouhons afin d'assister aux offices imposés par leurs croyances chrétiennes. Ce n'est qu'en 1789 qu'elle fut entièrement restaurée, mais la pratique du culte n'allait guère durer puisque survint l'occupation de notre pays par les troupes françaises. Et chacun sait que cette occupation véhiculait avec elle une véritable déchristianisation du peuple. La chapelle fut donc une nouvelle fois fermée.

Après l'occupation de nos sols par les Français, la chapelle fut rouverte. Les pratiques chrétiennes allaient y reprendre leur cours. La messe dominicale fut encore officiée jusqu'en 1925, date à laquelle l'on mit fin aux offices religieux tant ce petit bâtiment sombrait dans l'oubli, tombant en ruines. Dans pareilles circonstances, il devint plus judicieux d'édifier un nouveau lieu de culte, en l'occurrence la petite église de Houssonloge qui fut construite afin de répondre au voeu de Messire Edgard de POTTER d'INDOYE, châtelain de Harzé. Ce dernier étant décédé, ce fut donc sa veuve qui prit l'initiative de faire construire cette nouvelle église.

De ce fait, tous les objets de valeur ornant la chapelle Sainte-Anne prirent place en l'église de Houssonloge. Au fil du temps, la chapelle était laissée à l'abandon et il n'en fallut pas davantage à dame Nature pour qu'elle reprenne possession des lieux, rendant ainsi l'accès à cet édifice quasi impraticable. Dix années plus tard, en 1935, le gouverneur de la province de Liège prit des dispositions pour faire remettre en bon état la route menant à la chapelle. Le culte fut alors rétabli.


L'autel à retable avec vue  partielle du plafond (rien ne semble d'aplomb)

Au cours de cette même année 1935, le docteur Louis THIRY fut l'initiateur d'une confrérie visant à rendre un peu d'intérêt à la chapelle. Les statuts de cette confrérie dite «de Sainte-Anne des Pouhons» furent approuvés le 18 novembre 1935. En 1937, après avoir été restaurée, la chapelle Sainte-Anne fut classée par la Commission des Monuments et des Sites. La décision de son classement sera confirmée par la suite grâce a un arrêté de l'Exécutif de la Région Wallonne en date du 20 novembre 1986. Depuis lors, chaque année, l'on y célèbre la fête de Saint-Hubert au cours de laquelle plusieurs dizaines de chevaux et d'attelages, mais également des chiens de toutes races viennent y recevoir la bénédiction.

Des sonneurs de trompes animent cette manifestation à l'issue de laquelle l'on distribue du pain bénit aux animaux présents. Dans une clairière bien aménagée, située quelque peu en avant de la chapelle, chacun peut participer à un barbecue géant où se retrouvent bon nombre des participants présents lors de la cérémonie religieuse. Soulignons le fait que ce rituel est organisé par l'Association des Amis de la chapelle Sainte-Anne des Pouhons. Cette organisation reçoit également l'assistance de l'Association Régionale de Tourisme équestre de la Province de Liège.

© Jacques SCHOUMAKERS. (2004-2008)

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