Le château de Harzé : quelques traces dans l'Histoire

Lorsqu'on tente de retracer l'historique d'un édifice voire même d'un village, on est très souvent confronté à des suppositions et à des incertitudes. Le château de Harzé n'échappe pas à cette règle. Pour cette simple raison, il ne me paraît pas utile de relater des faits qui ne seraient que des histoires sans preuves ou peut-être même des légendes.

La seigneurie de Harzé faisait partie du duché de Luxembourg et relevait du comté de Montaigu-en-Ardenne. On peut affirmer avec certitude qu'une dizaine de dynasties s'y sont succédées. La première dont le nom est mentionné dans une charte de l'abbaye de Saint Hubert  est la dynastie de la comtesse ERMENGARDE ou ERMENTRUDE dite "de Harzé", en 1064.

D'autres familles jadis très connues dans nos régions ont pris la succession de cette première dynastie :


Les familles de Clermont, de Beaufort-Celles, de la Marck, de Ligne, de Lynden, de Suys, d'Aspremont, d'Eynatten, de Rahier, de Berlaymont et enfin, de Potter d'Indoye.

Les origines du château de Harzé remonteraient à l'époque féodale, au IXe ou Xe siècle. Probablement pour se mettre à l'abri des envahisseurs normands et magyares voire même contre le brigandage, un seigneur dont on ignore le nom fit ériger un ouvrage défensif. Cet édifice qui n'était en quelque sorte qu'une maison forte fut construite sur un éperon rocheux dominant le centre de la petite localité de Harzé au lieu-dit actuel "fond de la ville"

Les seigneurs de Harzé n'ont pas toujours résidé dans le château. Très souvent, ils y installèrent des châtelains auxquels ils déléguaient leurs pouvoirs, se contentant pour eux de toucher les revenus de la seigneurie.

Bien que l'on rencontre à maintes reprises les mots "seigneur de Harzé", les archives ne mentionnent que très peu les termes "château de Harzé" ce qui ne permet pas d'avancer des dates avec certitude. Un fait mentionné dans les archives atteste la "reprise" du château par Adolphe de la MARCK en 1485.

S'agissait-il de l'ancienne maison forte ? Probablement car d'autres archives attestent que cette maison forte est devenue un château seulement au cours du 17ème siècle.

Un inventaire du mobilier fut réalisé le 27 novembre 1566 par le châtelain Ogier BOILEAU.  Le document révèle "que la maison forte est pauvrement meublée". De plus, l'édifice ne comportait qu'une tour, une grande cuisine ainsi qu'une petite et une grande salle.

Un dénombrement daté du 1 juillet 1631 mentionne les appellations "maison forte et château" L'existence d'une tour carrée y est aussi mentionnée, de même que d'autres édifices anciens.

Sans doute sa superficie avait-elle été agrandie au moyen de digues. L'entrée de la façade Sud était protégée par un pont-levis, remplacé par le pont en pierres actuel. Les douves entourant le château étaient alimentées par une source jaillissant au centre du village et aujourd'hui disparue. L'on dit aussi de l'ancienne grosse tour carrée qu'elle devait faire face au mont de Lart, là où se serait trouvé le gibet primitif.

Il faut savoir que la tour carrée actuelle, œuvre de l'architecte du comte de SUYS, est une réplique de cette ancienne tour qui fut probablement démolie.

Le château tel qu'on l'aperçoit aujourd'hui est l'œuvre du comte Ernest de SUYS de LYNDEN, le plus grand des dynastes de Harzé.. Ce dernier lui donna les proportions et l'aspect actuel. Il fit aménager, dans les années 1632 à 1645, l'ancien fenil qu'il transformât en une vaste salle des comtes, de style Renaissance italienne.

Ses armoiries jumelées avec celles de son épouse de LYNDEN surmontent le porche d'entrée donnant accès à la grande cour du château. On y aperçoit la date de 1647. Ces armoiries se trouvent également sur le mur Ouest du vieux cimetière.

Armoiries du comte Ernest de SUYS de LYNDEN

Au cours du XVIIIe siècle, sans davantage de précisions, le comte Frédéric d'EYNATTEN fit ériger les bâtiments se trouvant au fond de la grande cour. L'un d'eux est daté de 1723. Il lui appartient également d'avoir reconstruit le vieux moulin banal ainsi que la conciergerie datée de 1724.

Le portail de la cour d'honneur du château est daté de 1753. Il fut édifié par le baron Ferdinand-Henri-Joseph de RAHIER, l'époux de Marie-Agnès de BERLAYMONT. Le portail est surmonté par les armoiries appartenant à leurs familles.

Ci-dessus, les armoiries de Ferdinand-Henri-Joseph de RAHIER et de Marie-Agnès de BERLAYMONT

L'entrée sise côté Nord, flanquée de deux tourelles, est l'œuvre d'Edgard de POTTER d'INDOYE. Le blason de ce dernier s'y trouve comme pour en témoigner. Cette entrée est beaucoup plus récente que les deux autres.

Ci-dessus, l'entrée (et sortie) Nord du château

En 1873, le château et la ferme y attenante furent rachetés par Pierre FERMONT. Ce dernier fit démolir l'ancienne cense afin de construire une nouvelle ferme.

Le 16 janvier 1886 Louisa FERMONT, fille de Pierre dont elle avait reçu le château en héritage, légua celui-ci à sa cousine Mademoiselle DECKENS qui devint en 1909 l'épouse d'Edgard de POTTER d'INDOYE. Ce gentilhomme restaura entièrement le château. Plus tard, ce fut son fils Hervé qui reçu l'édifice en héritage.

Par la suite, à une date non déterminée, tous les biens mobiliers et immobiliers revinrent à son fils, Messire Hervé de POTTER d'INDOYE.

Notons également qu'entre le 29 octobre 1944 et le 31 mai 1946, le château de Harzé servit de quartier général à l'armée américaine.

Ci-dessus, la plaque commémorant la réquisition du château

Le château en 2010

S'il était jadis un centre stratégique et aristocratique, le château de Harzé est maintenant converti à titre définitif en centre culturel au sein duquel se déroulent des activités très variées : séminaires, réceptions, mariages ou encore foires et expositions.

Le château a subi une restauration importante au 20ème siècle; il est classé depuis 1965. A mon humble avis il ne présente que très peu de caractère historique. Les rénovations qu'il a subies ont contribué à la disparition de son charme d'autrefois. La Cour d'Honneur et ses murailles sont actuellement (2010) en travaux depuis quelques années.

Les dépendances du château abritent, outre un musée du moulin à eau, un musée de la meunerie et de la boulangerie où l'on découvre l'aventure du pain, depuis la récolte du blé jusqu'à l'atelier du boulanger. Le visiteur y découvre les différentes étapes de la fabrication du pain au moyen d'appareillages, d'outils et de machines aujourd'hui disparus.

Voilà, en quelques lignes, un bien maigre aperçu de l'histoire du château de Harzé. Il est regrettable de constater l'absence d'archives relatives à un édifice dont l'épaisseur des murs détient probablement des témoignages de faits et de scènes que l'on aurait aimer connaître.

© 2009 Jacques Schoumakers

Quelques photos du château