Nommé maréchal de France en 1658, FABERT fut aussi gouverneur de l’ancienne principauté de Sedan en 1641 Il s’illustra pendant la guerre de Trente Ans. (Source Wikipedia)

 

 

 

Représentation de la Vierge à l'Enfant.

 

 

 

L'incendie de l'église de Dieupart et ses conséquences, en 1654 .

En ces temps-là, le maréchal FABERT, alors gouverneur de la ville de Sedan, était de passage dans nos contrées avec son armée composée d’environ dix mille hommes.

La raison du transit de nos régions par FABERT serait qu’il fut envoyé par le Roy Louis XIV, alors âgé de 16 ans, afin de mener deux expéditions punitives. L’une visant à brûler et saccager la ville de Herve et l’autre pour rosser les troupes du prince Charles, duc de Lorraine, en campagne dans le Pays de Liège.

Nous ne développerons pas ces deux faits historiques. Cela dit, Aywaille et ses environs se trouvaient sur le parcours des assaillants. Les archives nous apprennent que les troupes de FABERT « ne tenaient pas trop bon ordre » apeurant ainsi les paroissiens de Dieupart et d'alentour.
Une bonne partie d’entre eux « s’étoient réfugiez dans l’église de Dieupart forte de son assiette, et toute l’armée avoit passé à l’encontre de la ditte église sans luy avoir fait le moindre insult.»

 

Comme dans tout corps d’armée, « il y a toujours des brigans qui demeurent tout exprès les derniers à suivre pour faire butin.»

La grosse majorité des troupes se dirigeant vers Herve, quelques-uns s’étaient arrangés pour traînailler dans le coin. Ils visitèrent à leur manière la maison pastorale et deux autres maisons voisines, mais sans y trouver ce qu’ils espéraient. Il ne restait donc plus qu'à fouiller l’église dont ils forcèrent la porte pour « la piller et la butiner.» Quant aux habitants réfugiés dans l'édifice, « L’un iceux voyant quantité d’hommes aux fenestres de la tour, tira son musquet après eux.»


Lambert Socquette, alors sergent d’Aywaille en eu le bord du chapeau troué, frôlant La Faucheuse de près ! Il incita ses compagnons réfugiés dans la tour à se défendre contre cette poignée d'irrespectueux. Il voulait « redresser celui qui l’avoit manqué ». D’un tir de mousquet mal ajusté il tua le cheval au lieu de tuer son mécréant de cavalier.
Ce dernier, « outré à l’excès de voir son cheval tué sous luy » couru à bride abattue afin de rejoindre le gros de la troupe qu’il retrouva sur le chemin descendant vers Fraipont. Il narra, à sa façon, les faits qui venaient de se produire devant l’église, affirmant à son Maréchal que
« les paroissiens de l'église de Dieupart, réfugiés en jcelle  avoient eu la méchanceté de tirer sur luy et de luy tuer son cheval »

Le susdit Maréchal « qui ne scavoit pas mieux croiant les choses au pied de la lettre, luy accorda une troupe de cinquante chevaux» afin d'aller quereller les réfugiés se trouvant dans l'église. Ces cavaliers de l'apocalypse vinrent défoncer le portail de l'église, sans s'en faire prier, et, à l'aide d'un amas de fagots « trouvés à la maison du chapelain située sur le cemitière » boutèrent le feu dans le chœur de l'église. Ce sinistre embrasa et réduit en cendres le « beau temple dans lequel il y avoit sept autels existants, ce qui arriva au jour St Grégoire, le 12e de mars de l'an 1654 »

D'après les archives, cinquante voire soixante paroissiens étaient réfugiés à l'intérieur de la tour de l'église. Ils tentèrent une fuite en dévalant les escaliers, mais dix-sept d'entre eux périrent sur place. Les rescapés « descendèrent par les hautes fenestres avec les cordes des cloches dans leurs mains eurent la vie sauve ». Cinq se tuèrent en sautant. Ledit sergent d’Aywaille, Lambert Socquette s'en trouva parmi les survivants.

L'on dit aussi qu'une femme « se jeta embas de la plus haute fenetre de la tour laquelle a quatre vingt pieds de hauteur, implorant le secours de la Ste Vierge, tomba sans se casser ny bras ny jambe et de laquelle le maris et deux enfants furent consommez par le feu. Cette femme s'est encore remariée par après et produit deux enfants au monde »

Le Recteur des Jésuites rejeta la responsabilité de ces faits sur les habitants. Il les culpabilisa de s'être cachés sans raison au lieu d'essayer de sauver leur église en offrant quelques cadeaux ou contributions aux troupes de FABERT.

Bien sûr, au vu des épouvantables dégâts occasionnés par ce siège, chacun tenta de se disculper des responsabilités. Il fallait quasi tout reconstruire. Les archives ne mentionnent pas la durée des travaux, mais elles nous apprennent que les offices continuèrent, même dans les ruines.

Notons que la fureur rageuse des troupes ne s'apaisa pas là. Les soudards galopèrent vers Aywaille afin d'y bouter aussi le feu. De nombreuses habitations furent détruites par les incendies et beaucoup de personnes périrent. Assoiffés de violences, les Français prirent alors la direction de Remouchamps pour y mener grand bruit et semer la même terreur qu'à Aywaille.

Ces lignes sont l'essentiel de ce qu'il faut rapporter de ces faits malheureux. Elles ne sont pas exhaustives.

Notes : la maison pastorale de l'époque était située à l'endroit de ce qui devint plus tard le café Hougardy, jouxtant l'église; quant au presbytère, il était jadis situé en plein centre de la route actuelle qui, bien évidemment, était inexistante.

© Jacques Schoumakers 12/2010.