Santé et scolarisation : des problèmes majeurs

Tout comme la scolarisation, l’accès aux soins médicaux est quasi inexistant. Les enseignants comme les médecins n’ont aucun avantage à venir demeurer dans de pareils endroits, les centres urbains leur assurent un autre confort de vie. Les quelques douars que nous avons traversés, situés dans la commune de Bni Idder, sont régulièrement fréquentés par une équipe médicale mobile constituée d’un médecin, d'une infirmière et d'un infirmier. C’est en collaboration avec cette équipe que nous avons effectués les dépistages du diabète. Dans chacun des 25 douars constituant la commune, une femme a été choisie en fonction de ses aptitudes et de ses compétences. Ces personnes nommées « femmes sentinelles » représentent une interface entre la population et les membres de l’équipe médicale. Étant généralement au courant des divers besoins vitaux des habitants, elles sont également en relation avec les membres de l’association humanitaire travaillant dans cette région. Très souvent, c’est dans l’habitation de la femme sentinelle ou dans une école, voire dans le local de la mosquée, qu’ont lieu les consultations médicales. Cependant, en vertu de coutumes d’un autre âge, tous les habitants n’assistent pas aux consultations médicales. L’un des problèmes majeurs causé par l’isolement de ces régions est la période de grossesse des femmes enceintes qui ne bénéficient pas des conditions d’hygiène nécessaires à leur état. Dans certains douars, il n’est pas chose rare au cours d'une année de constater le décès de 4 à 5 femmes durant leurs grossesses.


 


L'équipe médicale mobile.


Réunion des femmes sentinelles.


Un douar inaccessible avec le véhicule.


Retour vers notre gîte.

 

La scolarisation est aussi une problématique dans le sens où une seule école est parfois utilisée pour les élèves de 4 ou 5 douars d'alentour et de ce fait, certains élèves ne sont pas toujours motivés s’ils doivent effectuer de longs trajets. Parfois, leurs parents ne les y forcent pas afin qu’ils puissent subvenir aux travaux des champs. Dans certains douars, il n’est pas rare qu’un instituteur « s’absente » sans raison particulière durant quelques jours. Il sait de toute manière qu’il n’y aura aucun contrôle dans ces zones enclavées. Cela étant, le taux d’analphabétisme est très important et le manque de connaissances élémentaires ouvre une porte vers certaines dérives. Cependant, dans l’école que nous avons visitée à plusieurs reprises, l’on constate comme je l’avais déjà fait au mois de janvier dans une école de Khémisset, un grand respect de la part des élèves envers leur institutrice. L’on ressent réellement chez ces enfants l’envie d’apprendre, de découvrir, d’ouvrir une porte vers le monde.

Le réseau électrique et l’eau

Au Maroc, bien des douars ne sont pas encore raccordés au réseau électrique. Beaucoup de familles éclairent les pièces de leurs habitations au moyen de lampes à pétrole ou de bougies. Pourtant, l’on rencontre divers appareils électriques dans certaines habitations possédant des générateurs. Equipées d’antennes paraboliques et de téléviseurs, certaines familles peuvent ainsi découvrir le monde. Plusieurs associations à caractère humanitaire oeuvrent pour amener eau et électricité dans les zones enclavées du Maroc mais l’éloignement de certaines d’entres elles rend les conditions de travail très difficiles et l’avancement des travaux en est ainsi fortement ralenti.
Sans vouloir faire un jeu de mots, le manque d’eau est source de nombreux problèmes dans ces régions, ne fussent que les problèmes d’hygiène. De nombreux douars sont alimentés par des sources d’eau potable transportée par des canaux à ciel ouvert, appelés « seguias » La structure de ces seguias laisse hélas une porte ouverte à diverses possibilités de pollution et de contamination des eaux. Seul l’aménagement de conduites souterraines pourra remédier à ces problèmes. La sécheresse, souvent intense à certaines périodes de l’année, tari certaines sources obligeant ainsi les habitants concernés par ce problème à se rendre parfois à plus de deux heures de marche pour aller quérir l’eau là où il y en a encore. Paradoxalement à cette sécheresse, les hivers amènent des précipitations parfois abondantes et dévastatrices détruisant des cultures et causant des effondrements de portions de routes. Ces dégâts ainsi occasionnés renforcent davantage le sentiment d’isolement ressenti par les populations des douars.

 

 

Une seguia, canal à ciel ouvert utilisé pour le transport de l'eau.
 

Effondrement de la route, quelques heures avant notre passage.

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