MARRAKECH, La BAGDAD de l'OCCIDENT

Marrakech, l'une des quatre villes impériales du Maroc, est réellement une ville fascinante. Elle ne saurait laisser indifférent tout qui passe au-delà des murs d'enceinte de la médina, s'étalant sur une distance approximative de 19 kilomètres et dont l'accès se fait par l'une des 9 portes d'entrées. Cette épaisse muraille, Une avenue bordée de palmiers à Marrakech.ou rempart, est de couleur variable selon l'éclairage du moment. Tantôt elle sera de couleur ocre, voire même rouge ou bien rose. Dès votre sortie de l'aéroport, si vous avez choisi l'avion comme moyen de transport, vous serez assailli de mille odeurs dégagées par les fleurs de toutes sortes garnissant les murs de la ville. Les remparts autour de la ville.Beaucoup de ces murs sont recouverts de bougainvillées aux couleurs mauves, rouges ou bien encore oranges. Les larges avenues qui sillonnent  les extérieurs de la ville sont généralement flanquées, de part et d'autre, de hauts palmiers venant surenchérir la majesté des lieux. En 1979, lors de mon périple en voiture à travers le pays, je suis arrivé à Marrakech venant de Casablanca. En me rapprochant progressivement de la ville, j'apercevais au loin la très célèbre palmeraie de Marrakech, contrastant avec les neiges couvrant les cimes des montagnes de l'Atlas. Les 100.000 palmiers, parfois chargés abondamment de dates selon la saison, s'étendent à perte de vue sur plus de 13.000 hectares. Le spectacle est réellement fascinant, l'on croirait entrer au Paradis ! Les quatre couleurs prédominantes de Marrakech sont le bleu du ciel, le rouge de ses habitations, le vert des palmiers et des oliviers et le blanc des neiges du Haut Atlas.

Les temps changent, Marrakech n'y échappe pas !

Il ne faut pas confondre tourisme avec touriste. Le tourisme, c'est découvrir des lieux, des peuples mais aussi leurs traditions et leurs cultures. Et il faut bien évidemment les respecter. Malheureusement, énormément de touristes ne respectent pas ces choses pourtant si précieuses et cela se voit dans les endroits où le dépaysement est total, comme au Maroc. Le touriste veut àUne boulangerie dans les souks de Marrakech. sa disposition tout le confort qu'il est habitué d'avoir dans son pays. Je me suis rendu pour la première fois à Marrakech en 1976. J'ai visité cette ville à huit reprises et force est de constater que rien n'est plus comme avant. Ma surprise fut bien grande de voir "pousser" des cabines téléphoniques un peu partout, même dans la médina et même sur la place Jemâa el Fna, centre légendaire de toutes les traditions et lieu d'échange de toutes les cultures du Maroc. N'est-il pas triste de voir un peu partout des endroits où l'alcool est maintenant en vente libre dans une ville, dans un pays où le Coran en interdit la consommation aux musulmans mais où il faut satisfaire le touriste ?

Personnellement, mais aussi de l'avis de plusieurs personnes que je connais à Marrakech, je pense qu'à moyen terme la culture et les traditions ancestrales vont être anéanties par les excès et les abus d'un tourisme aveugle. Les jeunes de Marrakech commencent à apprécier les moeurs du monde moderne et toutes les mauvaises choses qu'il véhicule. Ils ne savent cependant pas vers quoi ils se dirigent ni vers quel avenir ils se tournent. Mais ne parlez pas de tout cela aux personnes d'âge mur, elles fuient les modernités comme elles fuiraient la peste. N'est-il pas bien plus agréable de déguster le thé à la menthe, assis quasi par terre à discuter avec les gens du peuple que boire un verre d'alcool assis à une terrasse à côté de personnes musulmanes se demandant si elles font encore partie de leur pays ? Dans de telles conditions de modernisation, je pense qu'il faut se hâter de visiter ce qui reste encore de vrai, de naturel dans cette ville, dans ce pays. D'autant plus qu'actuellement, la vente et la location de ryads à des riches étrangers prend une extension considérable. Et comme de bien entendu, beaucoup de ces "riches étrangers" sont sans scrupules, écrasant les pauvres marrakchis dans le but de leurs prendre le peu qu'ils possèdent afin de ne pas être dérangés de part et d'autres de leurs ryads ! Pire, des réseaux de prostitutions s'y installent !

Marrakech, ville de toutes les cultures.

De toutes les cultures car sur la place Jemâa el Fna comme à l'intérieur de la médina l'on croise tantôt des mauritaniens ou des sénégalais mais encore des berbères, des juifs en robe noire, des montagnards venus vendre les produits de leurs récoltes, des citadins en djellabas et j'en passe. Tout ce monde se côtoie pour vendre, acheter, échanger mais aussi simplement pour dialoguer parfois durant des heures. Fait-il calme dans une rue ? C'est déjà là une chose rare mais alors, empruntez le premier détour de celle-ci et vous aboutirez dans un fourmillement de situations plus extravagantes les unes que les autres. C'est ici que se mêlent l'Orient et l'Occident.

Se déplacer à Marrakech.

Rien de plus simple. Il existe environ deux mille (oui, 2000) petits taxis sillonnant tous les quartiers principaux de la ville mais aussi de la médina. Où que l'on puisse se trouver dans la ville, il ne faut guère attendre plus de 3 à 4 minutes avant de trouver un petit taxi Un petit taxi.qui vous emmènera là où vous souhaitez vous rendre et ce, pour une somme dérisoire. L'on peut embarquer jusqu'à trois personnes dans ces taxis. Les courses en journée se payent généralement 15 dirhams tandis qu'il vous sera demandé 20 dirhams pour les trajets en soirée et de nuit. Certains taxis sont propres, d'autres le sont moins. Les chauffeurs de taxi roulant " à vide" ont tôt fait de repérer les touristes circulant à pied. Un petit coup de klaxon à votre égard signifie que le taximan est près à vous prendre en charge. Le cas échéant, il suffit de lever un bras vers le ciel et, rassurez-vous, l'un d'entre eux vous aura très vite repéré. Il vous appartiendra de demander au conducteur d'activer ou pas son compteur. Le prix de la course en sera pourtant le même. A vous donc de savoir !

Pratiquement tous les chauffeurs de taxi connaissent la langue de Molière et généralement, ils apprécient que l'on amorce la conversation avec eux.  A vrai dire, ils connaissent énormément de choses ! Ils connaissent, pour la plupart d'entre eux, tous les hôtels de Marrakech. Certains d'entre eux apprécient de vous démontrer leurs talents de pilotage à travers les méandres de la ville. Marrakech est une ville où les klaxons règnent en maîtres. Si parfois il n'y a aucune nécessité à le faire, klaxonner quand même est de bon augure ! Leur fierté est de vous mener à bon port par le chemin le plus court. Ne craignez donc pas d'être berné.

La Place Jemâa el Fna.

C'est ainsi qu'elle se nomme lorsque l'on en parle aux habitants de Marrakech, les marrakchis. Elle est le coeur de la ville. Où que l'on puisse se trouver, il suffit de demander où se trouve « La place » et tout le monde saura de quelle place vous parlez : la fameuseLa place Jemaa el Fna, encore à moitié remplie. Jemâa el Fna. C'est celle-là et nulle autre ou bien alors, il faut le préciser. C'est par là qu'il faut commencer la visite de la ville. Le reste s'ensuivra tout naturellement. Tôt le matin, Jemâa vient à peine de se vider de son ambiance nocturne. Quasi déserte à ce moment, elle ne tarde pas à s'animer. Elle est différente selon les moments de la journée. Le matin dès l'aube elle commence par attirer les commerçants ambulants. Marchands de fruits, de légumes, de plantes médicinales mais aussi d'épices, de quincailleries, de viande ou encore vendeurs de cuirs, de vannerie occupent chacun leur emplacement de la veille. Progressivement, un véritable bastringue se fait entendre sur la place mais aussi du fond des souks situés derrière la place. Mille ruelles composent les souks et toutes ramènent les curieux vers la place. Certaines d'entre elles étant désertes, d'autres grouillent de monde et de marchands de toutes sortes chez lesquels vous serez invités ne fusse que "pour le plaisir des yeux", terme très répandu dans les médinas. "Se perdre" dans ce labyrinthe de ruelles est enivrant.

L'après-midi, Jemâa el Fna change de visage afin qu'arrivent les conteurs d'histoires, les arracheurs de dents, les écrivains mais aussi les cracheurs de feu, les groupes de danseurs, les sorciers, les diseuses de bonne aventure ou encore les dresseurs de singes. Chacun dans son domaine est au centre d'une Un charmeur de serpents s'installe.pléiade de badauds venus tendre l'oreille ou encore jeter un regard admiratif envers les spectacles magiques. Les sonorités bien particulières, propres aux trompettes des charmeurs de serpents et le tintement des clochettes des porteurs d'eau  fascinent, envoûtent, enivrent les badauds. Plus passe le temps, plus s'emplit Jemâa. Elle devient la place folle et pourtant, elle ne sera vraiment magique qu'une fois la nuit tombée. Elle est un véritable théâtre à ciel ouvert. Quelques "cafés" avec terrasses panoramiques offrent au visiteur une vue imprenable sur les multiples attractions et curiosités. Vers 16h30, l'on voit surgir de toutes les rues avoisinantes de nombreuses charrettes à bras transportant les tables et les bancs, les feux de cuissons, les aliments et les lampes à gaz qui vont servir à ériger en très peu de temps le plus grand restaurant à ciel ouvert de Marrakech. A ce moment de la journée, la chaleur est encore torride. La soirée sera longue, comme la nuit d'ailleurs. Ne vous étonnez pas de sentir subitement la peau froide d'un serpent que l'on vous place autour du coup, voire sous votre chemise. Votre effroi causera la risée générale de votre propre entourage. C'est cela Jemâa !

Vous serez sollicités de toutes parts, afin de poser à côté des danseurs, des charmeurs de serpents, des porteurs d'eau, ou desLes porteurs d'eau attendent, la place va se remplir. cracheurs de feu  permettant ainsi à votre accompagnant de réaliser quelques photos traditionnelles. Ne faites pas le difficile si l'on vous tend la main afin de recevoir un peu de monnaie. Donner 10 dirhams pour l'occasion est très bien vu. N'oubliez pas que sur la place l'on rencontre le sublime mais aussi le misérable. De nombreux acteurs de cette féerie ne vivent qu'avec les aumônes que vous leurs accorderez. Il ne faut pas l'oublier car ce sont eux qui rendent le spectacle si fascinant. Sans eux, Jemâa el Fna ne serait pas ce qu'elle est. Profitez pleinement du spectacle grandissant au fur et à mesure qu'arrive la nuit car vous n'avez encore rien vu ! Plus il fera sombre, plus le spectacle vous émerveillera et vous n'aurez pas le temps de tout découvrir. Lorsque l'on est à Marrakech, l'on se doit de venir chaque jour sur la place. Le spectacle diffère selon les jours qui passent.

     

 

 

Des photos de Marrakech et de l'Ourika