L'histoire du pont de Nonceveux.

Jadis, comme dans beaucoup d'endroits, aucun pont n'existait pour traverser l'Amblève à Nonceveux. Le village était enclavé au pied de la colline située sur la rive gauche de la rivière. Tout qui voulait se rendre dans le village devait impérativement y accéder par les sentiers accourant du sommet de la colline ou bien devait traverser l'eau à gué par les endroits aménagés. Généralement, la traversée de l'Amblève s'effectuait dans une nacelle ou encore dans une barque aménagée à cet effet et conduite tant bien que mal par un passeur d'eau. Pareille situation se présentait bien évidemment pour les habitants désireux de sortir du village.

Les passages à gué des rivières ont toujours présenté des dangers importants, plus particulièrement en périodes de fortes pluies ou de fonte des neiges et davantage lorsque l'Amblève était en crue. La relation d'un fait s'étant produit en 1786 lors d'une traversée de l'Amblève non loin de Nonceveux est publiée sur ce site grâce au texte d'un ancien protocole du notaire Aldringen. Les détails de ce protocole sont suffisamment explicites pour permettre de comprendre le caractère hasardeux de ces traversées.

Vue d'un type d'embarcation utilisée aux passages à gué.

Toujours d'après le même protocole, l'excellent passeur d'eau de l'époque à cet endroit était un certain Laurent COMPÈRE.

Des archives datées de la fin des années 1870 nous permettent de découvrir le nom d'un second spécialiste en ce domaine, Hubert VITRIER, passeur d'eau à Sedoz. La commune d'Aywaille lui accordait en ces temps là une redevance mensuelle comprise entre 5 et 50 francs selon le cas, à titre de rétribution pour le «passage d'eau aux enfants de Sedoz et de Quarreux» devant se rendre à l'école de Nonceveux. Si lors de la saison hivernale, durant plusieurs semaines parfois,  peu d'enfants étaient présents en classe à Nonceveux, l'on comprend la principale raison de ces absences.

Si l'on se réfère aux archives, nous pouvons considérer le fait qu'il existait quatre endroits pour passer l'eau alentour du village de Nonceveux. L'endroit dont il est fait mention sur le protocole Aldringen se situait très probablement à l'extrémité de l'actuelle rue du Fond, au pied de la Heid de Goreux. Il existait aussi un passage situé quasiment en face de l'église ainsi qu'un autre situé à Sedoz, approximativement à l'endroit où se trouve l'actuel centre de la Croix Rouge et dont il est fait mention ci-dessus. Le quatrième passage à gué se trouvait à la limite des communes actuelles de Stoumont et d'Aywaille, à l'endroit où se trouve le pont donnant accès à la propriété De Spirlet.

Ce passage était utilisé principalement pour transporter les coupes de bois pratiquées et exploitées sur la rive gauche de l'Amblève. Notons qu'à l'époque, les cartes géographiques Ferraris, établies entre 1771 et 1778, indiquaient « Eau d'Aywaille » plutôt qu'Amblève en parlant de la rivière. Ces cartes mentionnaient certains des gués situés dans la localité.

Une pétition en 1873, après de nombreuses requêtes des habitants.

Nous venons de voir qu'il n'était guère aisé pour les habitants de Quarreux et de Sedoz de traverser l'eau afin de se rendre à l'école ou encore à l'église de Nonceveux. Les archives nous révèlent qu'il n'existait à Sedoz «qu'une faible nacelle, représentant un véritable danger mettant en péril les personnes devant traverser la rivière»

Les populations locales étaient essentiellement constituées par de petites exploitations agricoles et, d'une manière générale, les enfants manquaient régulièrement l'école lorsque les travaux des champs réclamaient un apport de main d'oeuvre supplémentaire. Ces absences ajoutées aux autres pour les raisons précitées engendraient des insuffisances au niveau de l'éducation scolaire. Les habitants du village de Nonceveux se trouvaient déshérités par rapport aux autres populations des localités environnantes. La construction d'un pont devenait indispensable, impérative même.


Un passage à gué, aux environs de Quarreux.

A diverses reprises, les habitants des quartiers de Nonceveux, de Sedoz et de Quarreux avaient réclamé la construction d'un pont.

Le 24 janvier 1868, le conseil communal d'Aywaille reconnaissait enfin la nécessité et l'urgence de faire construire ce pont tant réclamé afin de donner accès au village, estimant cette réalisation «d'utilité publique» L'évaluation du coût des travaux de construction de l'édifice se chiffrait à 20.000 Frs.

Cela étant, 5 années plus tard, rien n'avait évolué : toujours pas de pont sur l'Amblève à Nonceveux. Une pétition des habitants des quartiers concernés fut présentée à l'administration communale d'Aywaille le 6 juin 1873 en vue d'obtenir dans les plus brefs délais la construction d'un pont en pierres. Le 6 février 1874, le conseil communal émettait à nouveau un avis favorable mais rien ne pointait à l'horizon. Une nouvelle estimation du coût des travaux fut réalisée et cette fois, elle se chiffrait à environ 40.000 Frs.

Quelques faits et dates.

13 mars 1877, approbation des plans et estimation des travaux à 60.300 Frs.
15 novembre 1877, approbation de la construction de deux rampes d'accès au pont.
03 janvier 1878, nouvelle approbation du devis des travaux pour 58.214 Frs.
05 mai 1878, mise en route des travaux par la firme SERESIA de Namur.
1879, sans plus de précisions, le pont est opérationnel.

Vues du pont et panorama du bas du village de Nonceveux début 1900.

Bien qu'ils aient été adjugés pour la somme de 57.700 Frs, nous ne parlerons pas davantage du coût réel engendré par la réalisation de cet ouvrage. Les devis et les frais supplémentaires ont été revus et recalculés à maintes reprises.

D'autre part, rien ne nous permet d'affirmer avec certitude ce qui s'est passé depuis 1868, date à laquelle le conseil communal reconnaissait l'urgence des travaux à réaliser. Dieu seul connaît réellement la raison pour laquelle il aura fallu attendre dix ans afin de voir évoluer favorablement les tergiversations.

La réalisation de cet ouvrage d'art mettait définitivement fin au travail des passeurs d'eau oeuvrant alentour des trois localités concernées. Le village de Nonceveux était ainsi désenclavé, il offrait alors un moyen d'accessibilité à l'église, à l'école, aux bois et terrains environnants ainsi qu'à bien d'autres choses.

Fin des années 1980.

Comme tant d'autres choses, le pont de Nonceveux a subit les ravages du temps qui passe. Réparé à plusieurs reprises, parfois par de simples emplâtres bien peu utiles, le pont accuse «le coup» Il est très sollicité  par les déplacements d'une population grandissante mais également par les nombreuses allées et venues des personnes fréquentant les différents campings. Des travaux visant à remplacer un nouveau câble téléphonique ont  fortement endommagé le pont, allant jusqu'à déstabiliser une partie de sa structure. Quelques unes des grandes dalles bordant la voie de circulation se sont descellées et les garde-corps ne sont plus sécurisants.

Mai 1993, une pétition est organisée au sein de la population du village afin de tenter de faire avancer rapidement la réfection du pont.

Juin 1993, Les «pétitionnaires» et d'autres personnes averties par le «bouche à oreilles» assistent à une réunion organisée dans les locaux de l'administration communale afin de présenter un avant-projet relatif à la réparation du pont. Pareil travail allait engendrer des désagréments inévitables et il allait falloir s'en accommoder, ce que certains refuserons de faire ne voyant que leurs intérêts personnels. Bien des tergiversations allaient naître, des «bruits» ont circulé, ouvrant la porte à des inepties invraisemblables. A-t-on déjà fait des omelettes sans casser des œufs ? Nous ne le pensons pas.

En 1994, le pont de Nonceveux devient dangereux, il faut prendre de sages décisions. Des dalles de parement sont tombées dans l'Amblève et les garde-corps ne tiennent plus debout n'assurant plus aucune sécurité. Ils sont momentanément «renforcés» par des barrières en bois. Beaucoup d'individus évoquant leurs propres desideratas, il devient impératif de raisonner, de trancher et d'agir.

Nous savons qu'il n'est pas possible d'accéder au village autrement qu'en utilisant le pont. Certes, il existe bien une alternative pour remédier à cette lacune : l'accès au village par le chemin forestier reliant le village avec la route de Havelange mais cette voie n'est guère carrossable. Certains partis politiques s'opposent à cette solution provisoire. A tort ou a raison, toutefois il faut être conscient du fait qu'il y aura des désagréments inévitables pour tous. La pose d'un pont provisoire avait pourtant déjà été envisagée par les autorités communales mais il reste cependant bien difficile d'opter pour une solution qui pourrait paraître moins contraignante qu'une autre.

Début 1995, les représentants d'un parti politique font circuler une pétition à travers l'entité d'Aywaille. 254 personnes, dont une moitié provient du village, signent ce document qui sera présenté aux autorités communales afin d'obtenir la pose du pont provisoire. Les signataires de cette pétition ne veulent pas entendre parler de l'accès au village par la forêt. Les raisons invoquées sont principalement :

- L'allongement des trajets entre Nonceveux et Aywaille.
- L'accroissement des délais d'intervention pour les véhicules de secours.
- Les difficultés pour les piétons devant se rendre aux arrêts de bus.
- Les complications d'accès au village pour les différents livreurs de marchandises.
- L'intensité du trafic à travers la forêt. Etc.

Les autorités communales avaient anticipé ces problèmes puisqu'elles avaient envisagé la pose d'une passerelle. Cependant, la majorité des élus communaux voulaient malgré cela effectuer des aménagements à la voirie venant de Havelange. Cette route pouvait, le cas échéant, servir de voie de secours. La pose d'un pont provisoire, dit de type «Bailey» avait engendré bien des tergiversations au niveau régional et même national. Il n'est pas utile de développer ces polémiques, signalons simplement qu'il s'agit une fois de plus, d'une histoire « à la belge» Finalement, la commune parviendra à trouver un accord pour l'obtention du pont provisoire.

Les dégradations de l'ancien pont de Nonceveux. © J.S. 1995

Ce dernier n'étant pas prévu pour supporter le passage des véhicules lourds, ceux-ci auront l'opportunité d'accéder au village de Nonceveux par le chemin forestier venant de Havelange. Des panneaux indicateurs de ces mesures particulières de circulation sont placés un peu partout sur les routes environnantes, y compris sur l'autoroute E25.

Une solution est envisagée, étudiée et mise en application pour les piétons. En accord avec la SNCB, un sentier sécurisé par une haute clôture permettra aux piétons d'accéder à l'arrêt du bus en longeant une partie de la voie du chemin de fer. L'arrêt du bus situé en face du pont a été déplacé près du tunnel et il y restera durant les travaux de réfection du pont. Bien évidemment et comme il fallait s'y attendre, des polémiques relatives à cette alternative ont vu le jour mais le bon sens des autorités a prévalu sur le reste.

 

Dans le courant du mois de juillet de cette année 1995, les ouvriers communaux ont aménagé deux culées de part et d'autre de l'Amblève. La structure métallique du pont y sera posée dans le courant du mois d'août et les travaux de réfection de l'ancien pont, prévus pour une durée de 60 jours, débuteront au mois de septembre.

21 octobre 1995, des mesures sont prises pour interdire toute circulation sur la nationale 633 à hauteur du village de Nonceveux, ceci afin de permettre la pose du pont provisoire. L'itinéraire de déviation des véhicules passait par l'un des campings situés sur la rive gauche de l'Amblève pour aboutir sur la rue du Fond.

22 décembre 1995, le pont presque remis à neuf est rouvert à la circulation. Le revêtement final a pris un petit retard suite aux circonstances hivernales. Un peu de patience et de compréhension nous ont permis d'avoir un pont beaucoup plus sécurisant. Certes, on pourrait lui reprocher son étroitesse mais l'environnement ne permettait probablement pas de «voir plus grand».

© Jacques Schoumakers (2004-2005)

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